«L’homme s’est lui-même enfermé jusqu’à ne plus rien voir qu’à travers les fissures étroites de sa caverne», William Blake ♪

Fidèle au poste comme chaque semaine ou presque, aujourd’hui, chère amie, chère lectrice, j’ai décidé de t’emmener avec moi à l’abri du vent, dans la grotte des galaxies où j’ai trouvé refuge deux nuits ce week-end. Et oui, ce week-end, je me suis mise au vert -un mélange de bleu et de jaune- pour randonner à Los Tres Picos, montagne proche de la ville Sierra de la Ventana, se situant à 8h de bus au sud de la province de Buenos Aires, et ce pendant 3 jours. J’ai pas vu de chouettes mais c’était chouette quand même, et comme j’ai eu le temps de réfléchir un peu dans ma grotte, m’est venue une idée. Décliner une histoire en 3 versions. Et pourquoi 3 ? Et pourquoi pas ? Mais si ! Parce que Tres Picos : 3 pics, 3 histoires. C’est comme ça ! Et 3 histoires axées sur une caverne parce qu’au fond de ma grotte des galaxies ce week-end, et ben j’ai trouvé que c’était une super idée ! C’est comme ça ! Donc chère amie, chère lectrice, aujourd’hui, c’est les soldes du printemps argentin ! Tu auras donc droit à 3 petites histoires pour le prix gratuit d’1. Une version pseudo-philosopho-platonique (ben oui, parce que caverne dit Platon et sa fameuse allégorie), une version pseudo-érotico-platonique (parce que j’ai enviiiie) et une version pseudo-véridico-platonique (pour que je te raconte un peu ma vie pour changer :-)).

Version pseudo-philoso-platonique inspirée de la caverne de Platon :

Après plusieurs heures de marche au travers des montagnes de la Sierra de la Ventana, avec comme seul  point de mire les sommets bruts de los Tres Picos et notre fatigue croissante, nous arrivâmes à la caverne où nous décidâmes d’installer notre campement pour la nuit. Nous investîmes le fond de la grotte humide et suintante pour nous abriter un maximum du vent grandissant. Nous le décorâmes de nos toiles étanches.  Nous étions 8 compagnons de randonnée. Certains d’entre nous se connaissaient déjà, certains d’entre nous étaient amis, certains d’entre nous étaient frères, certains d’entre nous étaient mari et femme. Moi, j’avais fait leur connaissance le matin même et ils avaient fait la mienne en même temps. Nous étions des étrangers avec nos joies, nos peines, nos envies et nos petits tracas qui allions partager ce moment passager marqué dans notre histoire pour l’éternité. Après avoir monté nos tentes, nous fîmes du feu à l’entrée de la caverne pour nous réchauffer et faire du thé. Nous étions silencieux, nous écoutions le vent chantait dans une langue mélancolique que lui seul comprenait et nous regardions les ombres des flammes danser sur les parois de la cavité. Un orage grondait au loin et des éclairs de feu avertissaient de la colère d’un dieu noir. Un chien gueula à la mort quand le ciel s’ouvrit pour épandre des trombes d’eau sur les terres assoiffées. Le déluge dura 7 jours. Il dura des années. Nous nous retranchâmes au fond de la grotte. Le vent venait, s’engouffrait puis repartait. Il riait de nous voir prisonniers dans notre caverne glacée. Nous restâmes silencieux durant 7 jours. Durant des années. Nous n’étions plus ni étrangers, ni amis, ni frères, ni maris, ni femmes, nous étions des compagnons prisonniers dans une caverne obscure avec comme seule réalité les lueurs d’un feu à l’entrée. Nous avions peur de nous faire prendre par la tempête et nous restions donc amassés tel un troupeau au fond d’une niche gelée. Parfois, nous entrapercevions des ombres du monde projetées sur les murs rocheux. Nous réinventâmes notre vie en oubliant celle qui avait été la nôtre. Nous réinventâmes de nouveaux repères, de nouvelles habitudes. Nous survivions grâce à l’eau qui gouttait sur les roches et grâces aux maigres provisions que nous avions amenées. Nous pensions que le monde avait été englouti et que la colère du dieu noir jamais ne s’arrêterait. Nous réinventâmes de nouvelles joies, de nouvelles peines, de nouvelles envies et de nouveaux tracas. Cantonnés au jour le jour cette fois-ci. Nous réinventâmes de nouveaux dieux et de nouveaux monstres aussi. Quand nous voyions une immense ombre en forme de V suivie d’un éclair, nous imaginions que c’était un dragon de feu qui allait venir pour nous anéantir. Nous entendions le bruit d’une pluie lourde qui jamais ne stoppait. Nous avions le plus souvent peur et nous restions cachés dans l’obscurité. Après 7 jours, après des années, un inconnu est arrivé à l’entrée de la caverne. De lui, nous ne voyions que son ombre projetée. Il essaya de nous parler mais nous ne comprenions pas la langue qu’il parlait, ni espagnol, ni français, ni anglais, ni aucune langue que nous n’avions jamais écoutée. Il devait porter un casque bizarre sur la tête car son ombre ressemblait à un viking géant venu d’un autre temps. Nous parlementâmes longtemps pour savoir quoi faire et nous décidâmes finalement, à la majorité absolue, de l’attirer au fond de la grotte pour le tuer. Nous lui parlâmes et il finit par arriver. Nous l’encerclâmes et le caillassâmes. Avant d’expirer son dernier soupir, il articula quelques mots que nous comprîmes pour nous dire qu’il n’y avait pas de quoi avoir peur, que le monde continuait de tourner. Depuis 7 jours, depuis des années. Un seul d’entre nous le crut et partit de la grotte en traînant avec lui le corps de l’inconnu. Arrivé à l’entrée, il nous cria que le soleil brillait et que notre monstre inconnu était une petite fille avec sur la tête un chapeau de bal masqué. Certains d’entre nous le crûmes, certains d’entre nous ne le crûmes pas. Je le crus et je repartis vers l’entrée. Une lumière vive m’aveugla mais mes yeux se réhabituèrent peu à peu.  Je crois que ceux qui sont restés continuent à avoir peur des dragons de feu et entendent encore aujourd’hui le bruit d’une pluie lourde tomber. Ou peut être que c’est moi qui ne veux plus voir ces dragons de feu, ni entendre le bruit de cette pluie. Et que je m’imagine voir de la lumière alors que je continue de vivre dans l’obscurité.

Version pseudo-érotico-platonique inspirée de …ben de la nature, du grand air, tout ça quoi :

Nous nous sommes croisés en chemin. Nos regards, nos sens et nous.

Je faisais une pause avec mon groupe pour manger un bout et me rafraîchir. J’avais comme panorama los Tres Picos, trois énormes sommets graniteux dont la majesté se mêlait aux nuages. Les pensées perdues dans cette immensité, je sentis soudain mon cœur battre plus fort et plus vite comme pour m’avertir d’une arrivée. Il arriva par le sentier. Transpirant et mal rasé. Un short long qui faisait apparaitre de robustes mollets se contractant à chaque pas qu’il faisait. Un sac sur le dos porté par de larges épaules. Il ralentit pour nous saluer. Il me regarda. Mon cœur cogna. Il arriva à ma hauteur et me demanda de l’eau. Je lui tendis ma bouteille sans parler. Il but deux longues gorgées en continuant à me fixer et il me redonna ma bouteille. Des gouttelettes s’étaient déposées sur sa barbe naissante. Je lui souris. Il me sourit en retour, d’un beau sourire heureux, puis il posa ses doigts rugueux sur ma joue comme pour me remercier. Mon cœur s’arrêta de battre pour s’envoler jusqu’au sommet des trois monts. Il reprit la route avec son sac à dos. Je le suivais du regard. A une trentaine de mètres, il se retourna rapidement en jetant ses yeux dans les miens. Je lui fis un signe de la main. Un aveu commun pour marquer que notre rencontre n’avait que commencée. Quelques instants plus tard, nous reprîmes également la route avec ma troupe. Il s’était déjà éloigné et je ne distinguai plus de lui qu’une ombre vacillante escaladant les rochers. En début de soirée, alors que le soleil rayonnait de ses dernières lueurs timides et que la brume glaciale des hauteurs commençait à tomber, nous arrivâmes à la grotte des galaxies. Un espace béant trouant la roche et les étoiles qui nous offrait abri et protection pour la nuit. Une tente avait déjà été montée un peu à l’écart. Un chien sauvage, le maître des lieux, montait la garde et gueulait pour éloigner l’obscurité qui commençait à poindre. Nous installâmes notre campement sommaire au fond de la caverne. Mes compagnons allumèrent un feu pour faire un peu de thé et nous réchauffer. Je partis pour aller chercher de l’eau. J’avais pris avec moi quelques récipients pour collecter l’eau qui tombait goutte par goutte des roches mouillées. Je pris un petit chemin, éclairée par une lampe fébrile. Le chemin était escarpé et glissant donc mon attention se portait sur mes pas. Je ne vis sa silhouette qu’à l’approche de la source. Il semblait m’attendre, moins concentré sur sa tâche qu’à me regarder avancer. Nous échangeâmes quelques mots en riant sur le fait que l’eau nous réunissait à nouveau. Tout en riant, nos corps se rapprochèrent. Deux aimants attirés invariablement l’un par l’autre. Nos lèvres se rencontrèrent, nos langues se touchèrent. Il m’attrapa par la taille pour me serrer contre lui. Je lâchai mes récipients. Ils firent un bruit sec en tombant sur la terre humide. Je me laissai happer par ses baisers. Je sentis son sexe gonfler contre mon ventre. Je sentis le mieux fondre. Nos mains ne pouvaient arrêter de toucher l’autre. Doucement puis rapidement puis violement. Une douce violence, un plaisir intense à s’en faire mal, à la limite de la jouissance. Un de mes compagnons qui s’inquiétait de ne pas me voir revenir m’appela. Nous restâmes quelques instants sans bouger. Lui en moi, moi en lui. Nos mains relâchèrent lentement leur pression pour reprendre leur place au bout de nos bras. Il me donna une de ses bouteilles remplies d’eau et nous repartîmes ensemble vers le campement. Il se joint à notre cercle autour du feu. Nos bûmes notre thé l’un en face de l’autre. Le reflet des flammes dansait dans ses yeux noirs. On servit un plat de pâtes avec de la sauce et du fromage râpé. Puis mes compagnons allèrent un à un se coucher. Il ne resta finalement plus que nous deux autour du feu qui frémissait autant que nos êtres. Il me prit par les épaules et nous nous dirigeâmes vers sa tente. Je m’agenouillai sur son petit matelas pneumatique alors qu’il ferma l’entrée. Il se retourna soudain vers moi, serra mon visage entre ses mains. Nos mains, nos bouches et nos corps se retrouvaient. Enfin. J’eus l’impression que j’allais exploser de désir. Il me prit cette nuit là comme si c’était la dernière fois qu’il donnait son corps à quelqu’un. Je le pris cette nuit là comme s’il n’y aurait plus jamais de lendemain. Nous nous consumâmes l’un en l’autre lentement, très lentement puis sauvagement, avec un trop plein de désir et de rage. Alors que nous jouîmes, le chien gueula à la mort au loin. Comme s’il n’y aurait plus jamais rien au-delà de la grotte des galaxies.

Version pseudo-véridico-platonique inspirée de faits réels :

Ce week-end je suis donc allée randonner. Ça m’a prit comme une envie de randonner, donc je me suis organisée un peu à l’arrache-pied (chaussé de basquette, le pied, tout de même, pour pouvoir marcher !). J’ai tapoté sur internet, envoyer quelques mails de-ci de-là, afin de rejoindre des gens un peu mieux organisés que moi, avec qui gravir des sommets (1.239 m quand même –le plus haut sommet de la province de Buenos Aires…quand même !). Bref, le vendredi midi pour le vendredi soir, j’avais trouvé un groupe. La condition : que mon bus de nuit soit à l’heure à l’arrivée. Comme c’était un week-end férié de trois jours avec, à l’importante gare routière de Retiro de Buenos Aires, des retards annoncés de plus de 3h, ce n’était pas gagné. Mais ma bonne étoile était encore une fois là. Je suis donc partie presque à l’heure et je suis arrivée 8h après… à l’heure. Et puis si finalement j’avais été en retard, et bien quoi ? Et bien, j’aurais fait du camping, et je me serais baladée, et j’aurais lu à la campagne, loin des bruits incessants de Buenos Aires, c’était toujours ça de pris. Bref, je ne savais rien du groupe avec lequel je partais. On m’avait juste demandé dans un message quelques questions préliminaires, dont et surtout : « As-tu une bonne condition physique ? ». Ouh la ! Oui…enfin… s’il s’agit de faire de l’escalade moyen, mais sinon j’ai déjà fait l’ascension de quelques sommets de plus de 1. 239m, quand même, et ai fait des treks de plusieurs jours. En voyant cette question, je me suis dit que ça allait être une rando ultra sportive avec un groupe de djeuns ! On y va Gauffrette, c’est parti ! Après mes 8h de bus, le guide vient me chercher. Il m’amène auprès de mes futurs compagnons. Tout en leur souriant, j’explose de rire intérieurement. Un groupe de quinquagénaires un peu grassouillets. Et on leur a demandé à eux s’ils étaient en bonne condition physique ? Bon, je me présente. Elles et ils se présentent. Ils font du sport ultra régulièrement, plusieurs dizaines de dizaines de kilomètres en vélo par semaine et ils font du spinning « a full ». Ils partent avec leur prof de sport d’ailleurs. Ok les gras !… euh, pardon… les gars ! L’apparence ne faisant pas le sportif, go, go, go !! On papote dans la voiture le temps d’atteindre la base de randonnée. Tous super sympas, argentins, muy, muy buena onda. Je ne regrette déjà pas. Allez hop, on y va! On randonne, on randonne, et là je vois que les super sportifs qui font du spinning et du vélo 3 à 4 fois par semaine s’essoufflent très, très vite… Le rythme est plus cool que je ne pensais. Tant mieux, on a le temps de papoter comme ça. On papote, on randonne, on papote, on randonne,on papote, on papote. Un chien nous accompagne sur tout le chemin. On arrive finalement à notre point de campement, la grotte des galaxies. Et on est contents parce que même si on a été un peu lents, et bien, on est quand même arrivés en premiers. Et vu que les places abritées sont limitées, et bien, on va gruger tout le monde ! Et ouais, qu’on ait 20, 30, ou 50 ans, on reste les mêmes dans ces cas-là Tous pour un, un pour tous, mais pas pour tous les autres quand même ! On installe donc notre campement. Une tente pour les femmes, une tente pour les hommes (qui soit dit en passant ont bercé nos nuit de leurs tout sauf pas très doux ronflements) et une tente pour le prof de sport et sa femme. Puis, on va chercher de l’eau un peu plus loin sur des roches sur lesquelles gouttent au goutte à goutte des gouttes de gouttes d’eau. On réapprend la patience ici. On fait du thé et du maté por supuesto. On papote, on regarde, on se promène. Le chien est encore là et gueule à la mort quand tombe la nuit. On lui donne quelques biscuits et on se fait des pâtes avec de la sauce tomate et du fromage râpé. Et je t’assure, chère amie, chère lectrice, que un peu très fatiguée, quand même, avec le vent commençant à se lever et la brume glacée à descendre, c’est un des meilleurs plats que j’ai pu manger ! Et puis dodo. Et puis réveil. Mince de pipe en bois, il fait tout moche, impossible de monter. Visibilité 0. On attend jusqu’à midi. Puis on part pour atteindre Los Tres Picos. Mes sportifs n’ont pas gagné en sportivité pendant la nuit. Mais la rando est top et l’ambiance est sympa. On prépare une picadilla au sommet avec un mélange de fromages et de salami, on se prend une douche de grêle en rentrant. On se change. Puis on repart, avec un groupe restreint cette fois-ci, gravir La Posta, sous les nuages. Plus sportif cette fois-ci, beaucoup plus sportif. « Caminata regenerativa ! » nous dit notre guide. Ah ben ça, mes quinquas ont l’air régénérés au sommet ! Puis, on rentre au campement retrouver les autres. On papote. Et oui, les quinquas sont des bavards ! Puis on mange. Puis dodo. Puis réveil. Puis on redescend. En papotant !! 🙂

♪ Comme tu t’en doutes, chère amie, chère lectrice, je cherchais une citation avec le mot « caverne »… et j’avoue que j’ai hésité avec celle-là, que je n’ai pas mise finalement comme titre, mais je la partage avec toi pare que je la trouve très drôle : « Si tout le monde avait été contre l’évolution, on serait encore dans les cavernes à téter des grizzlys domestiques », Boris Vian

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