« J’ai une mémoire admirable, j’oublie tout. », Alphonse Allais

Aujourd’hui, chère amie, chère lectrice, nous sommes dimanche.  Et comme dirait une certaine Marie-Sabine Roger dans les citations du jour du 1er septembre 2013 : « C’est pas bosser qui me fait peur, c’est passer cinq jours par semaine à espérer le samedi. Et  faire la gueule le dimanche, parce qu’ensuite il y a le lundi. ». Alors oui, j’aurais bien pu développer un petit quelque chose en ce dimanche ensoleillé sur ce thème. Oui, mais non. Parce que, d’une part, je m’en tamponne le coquillard de qui est Marie-Sabine Roger, et que d’autre part, j’aime bien le dimanche, comme j’aime bien le samedi, comme j’aime bien le vendredi, le jeudi, un peu moins le mercredi et encore moins le mardi. Bon le lundi…très bof. Oui, j’avoue que le lundi, ce n’est pas trop ma tasse de thé. Mais aujourd’hui, on est dimanche. Et aujourd’hui, j’ai envie de te raconter quelques anecdotes piochées en vrac dans ma mémoire.

Il y a déjà plusieurs années de cela, j’ai rencontré un très bon ami. On avait tous les deux une mémoire de gentils poissons rouges. Une mémoire vive de 5 secondes qui permet aux vertébrés aquatiques de faire le tour du même bocal, 24h, 1 140 minutes, 86 400 secondes par jour, 365 jours par an, et ce, sans jamais en avoir ras les nageoires. C’est sans doute pour cela qu’on s’appelait tous les midis pour se rejoindre tous les soirs. Au cas où l’autre ait oublié notre rendez-vous quotidien, sans se rappeler que l’un et l’autre n’allait pas l’oublier, ou que sinon, l’un allait appeler l’autre pour s’assurer que l’un et l’autre n’allaient pas l’oublier. Quand on se voyait, on se répétait sans cesse la même chose, sans jamais s’en lasser. A la fin, on avait tellement une mémoire de poisson, qu’on ne se souvenait même plus que l’un et l’autre préférions les garçons. Et on se réveillait ensemble, et on s’en rappelait. Et on ressortait, et on oubliait…Mémoire nébuleuse.

Autre anecdote plus proche dans le temps cette fois-ci. Hier soir. Après avoir mangé avec mon coloc une pizza napolitaine à base de mozzarella, de mozzarella, de mozzarella et de mozzarella, et de 4 olives, nous parlions ensemble de choses et d’autres. Et notamment du fait que je me prépare à passer des vacances en France. Puis, nous en sommes venus à parler de mon arrivée en Argentine. « Ça fait 3 ans que tu es là, nan ? ». « Nan, ça va faire 1 an. Et ça fait une semaine qu’on parle de fêter le 1er anniversaire de mon arrivée, jeudi prochain, le 5 septembre … Mais ça fait plaisir Antonio », dis-je gentiment, « le temps a l’air de passer vraiment vite avec moi ».  Et lui de me répondre joliment : « Ah, mais tu sais, ma mémoire est faite pour se rappeler autre chose que le temps qui passe»… Mémoire relative.

Autre pioche. Cette semaine, mardi, une chère amie lectrice nouvellement sommelière m’a invitée chez elle et son mari à une dégustation de vins. Nous étions 5 amis et 4 bouteilles autour de la table. Un se rappelle aujourd’hui que le malbec, le cépage le plus violet et argentin des cépages violets argentins, provient de Cahors. L’autre, que le Torrontes est un type de vin blanc que l’on ne trouve que dans le nord-ouest argentin. Un se souvient qu’il faut pencher le verre de 3/4 sur une surface blanche pour bien observer sa couleur. L’autre, du pourquoi du comment des vendanges tardives. L’un, qu’il faut goûter le vin comme on fait un bain de bouche, pour libérer les arômes. L’autre, qu’un bain de bouche au vin rouge est sacrément plus puissant qu’un bain de bouche au bain de bouche ; et que ça rend les dents rougeâtres ou violacées, dépendant du tanin, de l’acidité et du degré d’alcool du vin. L’un, que l’alcool laisse sur la paroi du verre des gouttes plus ou moins épaisses selon son onctuosité. L’autre, que le vin a une odeur vanillée quand il a été vieilli dans des fûts états-uniens…D’un même exposé, d’une même expérience, chacun va se remémorer ce qui l’a le plus surpris je suppose. Et tout comme le vin se libère quand on le fait tourner, des particules qui ont envie de voler ; il ne reste en mémoire que l’essentiel, une fois le reste évaporé… Mémoire volatile.

Mais bizarrement, si l’essentiel est ce qui reste et est propre à tout un chacun, nous avons tous oublié de cracher le vin après l’avoir dégusté…Mémoire arrangeante.

Bref, suite à cette dégustation, nous avons fait un jeu de reconnaissance d’odeurs à l’aveugle. Et c’est incroyable que la framboise puisse sentir comme une fleur d’oranger, que le fumé fasse penser à une confiture de figues, que la banane sente comme une fraise tagada, et que les vapeurs d’ananas sentent comme l’amande qui sent comme la colle, que tous les plus de 30 ans sniffaient en petite maternelle. Et qu’une fois qu’on sait ce à quoi correspond l’odeur, un grand cri collectif s’échappe : « Mais oui, mais c’est bien sûr !! »… Mémoire conditionnée.

Allez, une dernière. Je mélange mon jeu d’anecdotes, et hop : il y a une dizaine de jours, une de mes collègues m’a appris un nouveau proverbe « celui qui n’a pas de mémoire a des jambes ». Éclair. Je lui réponds spontanément « et bien, c’est pour ça que j’aime tant marcher ! ». En effet, je n’ai aucun, mais aucun, sens de l’orientation. Ma sœur s’amusait à dire « si vous êtes perdus, demandez à Olivia où elle irait et allez de l’autre côté ». Et le pire c’est que c’est vrai. A Forest, on disait « Allez, cours Forest » ; à moi, on pourrait dire « allez, allez, vas-y, marches ». Loin d’en faire une fatalité, j’ai appris à ne plus m’énerver et à me dire que les actions de mon cerveau étaient quelquefois indépendantes de ma volonté. Et que ce dernier aimait bien me faire des farces de temps en temps, des petites blagues quoi.  J’ai donc finalement décidé d’user de mon certain talent nonsensorientationesque pour marcher plus, plus et plus loin ; pour apprendre à aimer marcher, à aimer marcher vraiment beaucoup ; et à découvrir la ville tout en observant un bout de trottoir ou de papier, un graffiti, une antenne, un immeuble, un oiseau, un scarabée, un rat ou un cafard, un homme amoureux, une femme pressée, une chaussure, une statue, un chewing-gum ou encore une merde de chien … toutes ces merveilles inconnues croisées au hasard lors de mes innombrables détours….Mémoire farceuse.

Trêves de gauffreries, il semblerait que la mémoire ne dépende pas d’une région spécialisée du cerveau. La mémoire est diffuse. Elle fait appel à 3 centres nerveux polyvalents (l’hippocampe, le corps mamillaire et l’hypothalamus) et à des fibres nerveuses reliant ces 3 centres. La mémoire est nerveuse. La mémoire est électrique. Une panne de courant est tout le dispositif disjoncte.

En plus d’être immédiate ou à retardement, à court ou à long terme, écrite, photographique, olfactive, tactile, vive ou vivante, cachée, statique, dynamique, consciente ou inconsciente, stimulée ou inhibée, individuelle, ou encore collective selon que l’on appartienne à telle société, tel groupe, tel cercle ou tel bocal, la mémoire est sélective. Celles des humains tout du moins. Celle des poissons rouges, je ne sais pas. Celle des ordinateurs aussi quelquefois quand ils choisissent par exemple de ne pas enregistrer le travail d’une journée. La mémoire selon Larousse est une « activité biologique et psychique qui permet d’emmagasiner, de conserver et de restituer des informations ».

Bref, chère amie, chère lectrice, pourquoi donc ai-je choisi de parler de la mémoire en ce dimanche ? Parce que je suis en train de lire un petit livre qu’une amie m’a prêté et qui s’appelle « la liste de mes envies », et que Jocelyne, le personnage principal, a un papa qui suite à un accident compte dorénavant sur une mémoire de 6 minutes. Il vit, revit et vit à nouveau et pour toujours dans l’éphémère.  Il ressuscite toutes les 6 minutes. Quelques instants pour emmagasiner, conserver, restituer. Et oublier.  Quand j’ai lu ça, ça m’a fait penser à ma conversation d’hier avec mon colocataire, puis à une expérience collective de mémoire olfactive que j’ai faite cette semaine, puis à un proverbe que m’a dit une collègue la semaine dernière, puis à une histoire romancée avec un gentil poisson rouge. En parlant de poisson rouge, ça me fait penser d’ailleurs que je pourrais aussi te parler de Barnabé mon poisson qui nageait à l’envers….mais bon, je n’ai plus le cœur aux souvenirs car je viens de me rappeler qu’on est dimanche soir, et que demain, c’est lundi. Et ça, de mémoire, ça fait quand même grave chier.

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