« Tout vrai langage est incompréhensible », Antonin Artaud

Après quelques semaines d’absence virtuelle, je reprends du clavier et je te retrouve enfin chère amie, chère lectrice. Je sais que tu t’es inquiétée mais je n’étais pas loin. Merci pour tes messages et commentaires reçus par milliers : « Oh capitaine, mon capitaine ! Oh Gauffrette, notre Gauffrette ! Où es-tu donc passée ? ». A cette question, je réponds tel John Keating à ses poètes disparus : « Je partis dans les bois parce que je voulais vivre sans me hâter. Vivre intensément et sucer toute la moelle secrète de la vie ». Bref, je me la suis collée non-stop pendant une dizaine de jours avec une bande de pingouins rencontrée il y a bien des années. Nombre créatures nous ont accompagnés durant notre traversée hors du temps ensoleillé : Christian, Richard Coleman, Don Julio, François l’embrouille, Vincent Van Gogh, Mafalda, Harry Potter, una bomba del tiempo (une bombe à retardement) explosant au sons des tambours endiablés, le Salteno et ses steaks hors-dimensionnés, Henry et ses empesadas, Daniel le gentil tenancier courant après nous avec sa bouteille de rouge, an american marin à qui on a réussi à échapper, un dealer de cocaïne déchu s’endormant sur un canapé, un grand-père très poli vendant du plaisir à bas prix, un tatoueur borgne, des transsexuels déguisés en lions, un crocodilo survolté, une girafe prenant un alligator, un vieil élan de 3-4 ans, un papillon chinois délicat, un pingouin fan de métal, et bien d’autres encore.

Du cybernétique, je suis me suis donc essayée quelques jours à l’électronique, mais aussi à la soul, au funk, aux percussions, au rock, à la salsa, samba et bachata ; au fernet, au vin, à la bière, à la vodka. Où étais-je chère amie, chère lectrice ? Je m’étais retranchée dans les bois de Buenos Aires où seul le peuple de la nuit peut pénétrer.

Mais comme toujours, je m’égare. Je reviendrai plus en détail sur cette équipée argentine au travers d’un post spécial dédié à la naissance d’un pingouin hors du commun.

Car chère amie, chère lectrice, aujourd’hui et de tout temps, « tout vrai langage est incompréhensible ».

Et pour revenir à mes pingouins, l’objet de ce post était à l’origine de pianoter quelques notes sur une demoiselle de 5 ans rencontrée ce lundi férié sur ma terrasse. Après mes aventures nocturnes, tel un vampire terrorisé par les lueurs du jour, je me suis terrée dans ma caverne. Dans ma chambre. Pendant 2 jours. Au 3ème jour, je décide de refaire surface. Un asado surprise se prépare sur ma terrasse en l’honneur de la mère d’un ami repartant au Pérou le lendemain. Nous sommes une dizaine à nous réunir autour de la table et de la viande braisée. Une toute jeune fille de 5 ans se prend d’amitié pour moi. « Comment t’appelles-tu ? » « Je m’appelle Olivia, et toi ? » « Je m’appelle Camilla ». Je l’appelle « Camicha » avec l’accent argentin. Elle me reprend et me dit « Non, moi je m’appelle «Camilla », avec l’accent péruvien. Camilla n’a pas encore conscience des pays, de la distance, des nationalités, des différences de langues, de déclinaisons, de significations, des subtilités, des non-dits, des limites et des possibilités d’un langage. Tel le petit prince, elle vit encore sur l’astéroïde B612, « à peine plus grande qu’une maison ». Elle me demande pourquoi j’habite sur une terrasse. Je lui explique que c’est comme un petit jardin, un petit espace de vie et de liberté. J’aime y déjeuner au soleil la journée et j’aime y marcher le soir en regardant la lune et ses étoiles. Elle me dit qu’elle aussi a une petite terrasse chez sa maman. Elle me dit que sa couleur préférée est le violet. Elle aime prendre des photos de travers, des gens, du sol, du ciel, des plantes, de ses chaussures, de ses lacets, et comme toutes les petites filles, elle aime sourire et s’amuser. Nous parlons et elle me dit soudain « hablas medio raro Olivia », « tu parles un peu bizarrement Olivia ». Sa maman lui explique que je suis française et que je ne parle pas la même langue qu’elle. Camilla me regarde et me dit « et tu ne pourrais pas essayer de parler espagnol ? ».

On explose de rire et je lui dis que c’est ce que j’essaie de faire depuis près d’une année. Sa maman lui explique que je suis en train justement de parler espagnol sinon elle ne me comprendrait pas… Mais je pense au contraire que nous nous serions tout de même, si non comprises, au moins captées Camilla ; car moi aussi, tout comme toi, j’ai déjà habité sur un astéroïde, et toi aussi, tout comme moi, tu aimes les terrasses, le violet et photographier tes lacets.

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