« Fais bon accueil aux étrangers, car toi aussi, tu seras un étranger », Roger Ikor

Hier, je suis allée à un asado. Premier asado de la saison car le soleil est revenu en Argentine depuis quelques jours. Et si en France les hirondelles font le printemps, ici ce sont les asados.

Un « asado » fait, soit, référence à un barbecue géant argentin, mais aussi et surtout à l’événement social qui l’accompagne. L’asador est le maître de cérémonie qui invite ses convives à une orgie de viande de bœuf aux coupes multiples (tira, vacio, lomo, j’en passe et des meilleures), grillées avec les organes de l’animal (intestins, et tout ce qui peut se manger), puis avec des saucisses aussi, des chorizos coupés en deux sur leur longueur et servis en apéritif pour faire patienter les carnivores. Tous ces morceaux sont cuits lentement sur la parilla (antre de l’asador avec la grille et le charbon, et la braise pour cuire, et la braise pour tenir au chaud). Pas de marinade ou autre préparation pompeuse avant de griller la bête. Coupée, grillée, salée. L’asado se veut simple, et la cérémonie bon enfant. Les victuailles sont accompagnées du traditionnel chimichurri (mélange de condiments, d’huile, de condiments et d’huile : de persil, d’ail, d’origan finement hachés et mixés dans beaucoup d’huile d’olive. Pas de piquant par contre, parce que bizarrement les Argentins n’aiment pas le piquant). Le tout se savoure avec moult verres de vins, moult fernet-cocas, moult bières, et au son joyeux de musiques latines.

J’en profite alors, chère amie, chère lectrice, pour faire un aparté et partager avec toi les origines de l’asado et ce qu’il représente encore aujourd’hui pour les Argentins.

Si l’Argentine, immense territoire quatre fois plus grand que la France, est variée en peuples, en cultures, en traditions, en climats, en paysages, en magouilles et contradictions quotidiennes également, les Argentins sont parfois en manque d’identité nationale (je n’invente rien, c’est eux même qui le disent, ainsi qu’ils expliquent leur penchant, que dis-je addiction, pour la psychologie et le théâtre ♪ par cette quête de racines (qui suis-je ? d’où viens-je?)  et d’unité (qui sommes-nous ? d’où venons-nous ? et donc surtout, qui est ce « nous » ?)). Bref, si les Argentins sont parfois en quête de leur manque, et bien l’asado, tout comme le football et le maté, arrive à réunir ce pays bigarré. L’asado est en effet une des fiertés et particularités argentines qui se retrouvent dans tout le pays. Du Nord au Sud, d’Ouest en Est, chaque Argentin consacrera son dimanche à faire un asado avec son voisin -ou à boire du maté avec son voisin, ou à jouer au football avec lui.

Chère amie, chère lectrice, voici maintenant l’histoire de l’asado telle qu’on me l’a contée. L’asado est né dans les campagnes il y a déjà quelques temps. Vu qu’ à cette époque là, il n’y avait pas de technique pour conserver la viande (et que même encore aujourd’hui on vit ici plus au jour le jour qu’en conservant ou en se préoccupant de ce que pourra nous réserver le lendemain) et bien, quand une bête était tuée, les hôtes invitaient leurs amis, et les amis des amis, et tout le village, et tout le pays s’ils pouvaient. Le but était de partager ce moment de fête avec un maximum de gens possible. Car en Argentine, on ne compte pas le nombre d’invités autour de la table. On ne fait pas la gueule parce qu’il y a un invité « surprise » et qu’il n’y aura pas assez de magrets. S’il y en a pour 6, il y en a pour 10 ; s’il y en a pour 10, il y en a pour 20 et il y en a pour 40 et pour tous ceux qui souhaitent se réunir pour la journée ou la soirée, autour de l’asado. Refuser une invitation à un asado est pêché d’ailleurs, et au final, ça ne viendrait à personne de refuser.  Et si l’asado est une cérémonie argentine, elle est vite intégrée par les petits nouveaux qui viennent la peupler.

Donc hier, je suis allée avec ma colocataire états-unienne et son novio (petit-ami) péruvien, à l’asado d’un de ses amis organisé en l’honneur de la visite de ses parents. Belle fête et beau mixte de nationalités : Argentins mais aussi Américains du Colorado, de Boston, du Nouveau-Mexique, Péruviens, Colombiens, Français (représentés par moi-même). C’est ça aussi ce qui pourrait être, à mon sens, l’identité de l’Argentine aujourd’hui, un beau mixte de tout et de tous, où tous sont les bienvenus. Etre illégal en Argentine n’est pas un délit par exemple. Il suffit de payer une amende (una multa) de 300 pesos (ce qui équivaut à 40 euros) si on dépasse les 3 mois de visa touristique de 1 jour, de 2 semaines, ou de 3 ans. Et on part du pays puis on y retourne, avec le sourire, et les douaniers vont laissent rentrer, avec le sourire eux aussi.

Bref, je suis donc allée à cet asado hier soir, et on a bien mangé, on a bien ri, on a chanté et on a encore mangé, ri et chanté. Je suis allée chez cet asador que je n’avais jamais rencontré et qui m’a laissée entrer, sans rien me faire payer, comme si c’était moi qui lui faisait l’honneur d’être venue. C’est ça aussi l’Argentine, et c’est ça un asado. Et comme on dit ici « un aplauso para el Asador ! ».

♪ Buenos Aires est connue pour être la ville qui a la plus de psychologues et de théâtres au km² par habitants.

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