«Dire des idioties, de nos jours où tout le monde réfléchit profondément, c’est le seul moyen de prouver qu’on a une pensée libre et indépendante», Boris Vian

Ah, quel grand ! Quel maître ! Qu’est ce que je suis, encore une fois, d’accord avec toi Boris!

Chère lectrice, chère amie, je me dois de te faire une confession maintenant que nous nous connaissons mieux : Florent Pagny n’est pas mon vrai maître à penser. Je sais que c’est dur, et que tu as envie de crier, de chanter à la trahison.  Je te comprends. Mais il faut accepter. J’ai eu du mal aussi pendant quelques jours à me regarder dans le miroir à double face qu’est la vie, en me disant « Est-ce que je lui dis », « Sera-t-elle déçue ? », «Si je lui dis, voudra-t-elle encore jouer à « Ni oui? Ni non? »». Aujourd’hui, chère amie, chère lectrice,  j’ai décidé de lever le masque et d’enlever ma perruque de rasta blonde pour t’avouer la vérité : Florent n’est pas ma vraie source d’inspiration. Nan, nan. Tout vient de Boris, Boris Vian. L’Ecume des jours. C’est de cette œuvre, de son style surtout, dont je me suis inspirée pour tricoter ma 1ere et seule (je n’ai pas dit dernière) nouvelle, au fil de 25 pages. J’avais profité d’une période de chômage pour écrire, écrire et écrire. Mon coloc de l’époque, Mati, mon mi, cher mousquetaire de mon enfance, se levait le matin pour aller bosser, moi je lui disais bonjour et j’allais me coucher. Après avoir passé la nuit sur mon ordinateur à griffonner à coups de clavier des pages et des pages blanches. Ça a bien duré 3-4 mois cette histoire.

Ce n’était pas parfait, ce n’était même pas bien, mais j’étais fière comme un sous neuf. Telle une architecte amateur qui croquerait son œuvre sous différents angles, j’avais, moi, construit une histoire un peu bateau qui naviguerait sur les flots, hého, hého. Avec une entrée à double niveau, sans ascenseur. Une porte d’entrée « réelle » avec des humains dans le corps de la page ; et une entrée « virtuelle » avec des êtres idéevores, avec un tout petit homme et sa souris, des jeux de mots et un bazar généralisé dans les notes de bas de page . Une échelle liait les deux niveaux de lecture. Echelle à double sens qui menait elle-même à une petite trappe, qui permettait d’accéder du pont inférieur, sans fenêtres, au pont supérieur, avec hublot. Bref, quelque chose de très simple. Il y avait Tom, le personnage principal du haut de la page  -prétendu écrivain en mal d’inspiration; et petit Tom et sa souris, personnages secondaires du bas de la page – assez sportifs et aventuriers ces deux là, pour trotter sans discontinuer à l’aide de leur torche frontale et pour monter puis descendre cette échelle virtuelle à longueur de journée et de nuitée. L’idée originale était que les notes de bas de pages prennent peu à peu le dessus sur le corps du texte. Que petit Tom et sa souris grignotent petit à petit le réel. Que le minuscule devienne majuscule, l’inférieur, le supérieur. Que l’imaginaire et l’imagination fassent sauter la trappe et fusionnent avec la réalité. Que le secondaire finisse par porter le principal -que l’on comprend souvent à tord comme étant l’essentiel. Et que Tom respire enfin, à coups d’inspirations et d’expirations du petit homme et de sa souris.

Bref, j’étais très fière de mon idée. 4 amis l’ont lue. Ils m’ont dit que c’était pas mal. Bien sûr, ce sont mes amis. Mes parents m’ont lue. Ma mère m’a dit que c’était génial. Bien sûr, c’est ma mère, donc je n’ai pas fait grand cas de ses éloges. Mon père m’a dit qu’il n’avait rien compris. Bien sûr, c’est mon père, qu’une de mes sœurs appelle Pierrot la lune, à vivre encore sans internet, sans téléphone portable, sans carte bleue. Il a tout de même l’électricité dans sa caverne, je vous rassure. Ma mère a fait le nécessaire. Bref, c’est mon père, et je n’ai pas fait grand cas de son scepticisme. Mais la vérité vraie, chère lectrice, chère amie, c’est que moi non plus, je n’y comprenais plus grand chose à mon méli-mélo. Et mon enthousiasme par rapport à mon talent, que je pensais potentiellement énorme, s’est alors quelque peu amenuisé. C’était il y a 6 ans maintenant. Une amie, chère lectrice, a régulièrement continué de me dire que je devais faire quelque chose avec la farfelure que j’avais dans la tête. J’y ai régulièrement pensé et ai régulièrement fait autre chose.

Je ne me suis pas dégonflée mais j’ai repoussé de plus en plus le moment de réécrire. En finissant par me dire que ça m’était passé. Que je n’aimais plus ça, tant que ça, écrire. J’ai fini par me berner moi-même et suis passée à autre chose. Le voyage, je crois. Le réel cette fois-ci. La réalité avait pris le pas sur l’imagination. L’avait rongée petit à petit. Tempête de pluie acide au goût amer. Alors que le bateau coulait, le petit homme et sa souris cherchaient désespérément oxygène et lumière. Ils avaient gravi l’échelle en courant trop vite, avaient fait sauter la trappe à la dynamite, et s’étaient réfugiés sur le pont supérieur, de peur de se noyer. Ils étaient passés de l’autre côté, plus vivable, plus rassurant- ce qu’ils croyaient. Du côté de la réalité vraie. Une vie de clandestins, on the other side of the page.

J’ai débarqué depuis et ai réparé le bateau. J’ai colmaté un peu les brèches aussi pour leur faire une petite place au petit homme et à sa souris, un petit nid à eux, un peu perché. Pour qu’ils n’oublient pas ce pour quoi je les avais apprivoisés. Qu’ils continuent de grignoter avec leurs idées la part du réel qui n’est pas essentiel. Qu’ils m’aident à me tailler une petite part de liberté dans le grand monde des grands. Jusqu’à atteindre en pensée et en idée une différence d’esprit, de style, de vie. Jusqu’à atteindre un semblant d’indépendance. Grâce à leur appétit de vivre, à leur voracité. A petit Tom et à sa souris.

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